dimanche 22 février 2015

Environnement : Utopie d'une réforme indispensable

Alors que les dégâts environnementaux à imputer à l'activité humaine ne sont plus à démontrer, la prise de conscience du problème auprès du grand public et des politiques semble bien trop lente pour faire face aux désastres écologiques à venir. Il est urgent d'engager une réforme structurelle de notre société de consommation. Ce faisant, tentons d'aller vers plus de justice sociale.

Coucher de soleil caché par un épais smog sur le quartier historique de PingYao, Chine.


On distingue à peine le soleil qui commence à se coucher sur le centre historique de PingYao, ville précurseur du développement du système bancaire chinois et capitale financière de la Chine pendant la deuxième moitié du 19e siècle. Ce n'est pas dû au brouillard, mais à un épais smog. Comme dans toute cette région chinoise du Shanxi, qui fournit environ deux tiers de l'énergie consommée en Chine, la pollution de l'air y est désastreuse.

Dans le monde entier les dégâts environnementaux dus à l'activité humaine vont croissants, alimentés par une consommation outrancière. Les impacts se font ressentir par une vaste palette d'effets, du changement climatique aux impacts sanitaires, en passant par la pollution de l'eau et la perte de biodiversité. Un rapport de l'OCDE sur les perspectives de l'environnement à l'horizon 2050 en expose sans ambiguïtés les enjeux.

Un constat environnemental sans appel


Il y apparaît très clairement que la planète est poussée bien au-delà des limites dans lesquelles elle pourrait se régénérer, comme l'illustre le « jour du dépassement » qui n'a de cesse d'avancer chaque année. Par ailleurs les interactions entre les divers mécanismes des systèmes environnementaux ont tendance à créer des cercles vicieux qui accélèrent les phénomènes. C'est typiquement le cas pour le réchauffement climatique, qui va être amené à s'amplifier par exemple avec la fonte du pergélisol des régions arctiques (qui représente 25 % des terres émergées dans l’hémisphère Nord) et la libération des très grandes quantités de méthane et de dioxyde de carbone qu'il renferme.

La réflexion qui suit part donc d'un constat environnemental irréfutable : les ressources naturelles sont en quantité finie, nous les consommons à une vitesse bien plus rapide que celle avec laquelle elles pourraient s'entretenir, et cette surconsommation entraîne une pollution dévastatrice.

Or pour faire face à cette menace imminente, des mesures ciblées, partielles, insuffisantes sont adoptées ponctuellement mais il n'est pas de véritable politique écologique. Alors même que c'est celle-ci qui devrait guider les autres pour répondre à la hauteur des enjeux auxquels nous allons devoir faire face dans les années à venir. Il ne s'agit pas de la seule, loin de là l'idée de minimiser les chantiers sociaux et économiques auxquels nous sommes confrontés. Cependant, elle devrait s'imposer comme le fil rouge autour duquel l'ensemble des politiques devraient se construire.

Un système certes source de progrès...


Il ne s'agit pas de venir dénoncer dogmatiquement le système actuel, sorte de capitalisme encadré, auquel il faut reconnaître un grand nombre d'avancées, technologiques et sociales. Le pan technologique se passera d’arguments. Socialement, à s'entendre répéter que c’était mieux avant, on en oublie parfois les progrès réalisés : en matière de mentalités (droits des femmes, tolérance, etc.), de niveau de vie matériel global et en tous cas de genre de vie (santé, scolarisation, loisirs).

Certains argueront même qu'il n'y a pas de meilleur système, pouvant apporter tant de progrès. L'homme n'étant pas parfait, que l'on pourrait l'envisager comme le moindre mal dans une logique d’amélioration progressive. Le capitalisme encadré permettrait, en accroissant la richesse globale, d'augmenter sur le long terme les acquis sociaux de par le monde au fil des revendications citoyennes.

...Mais un système non viable


Mais bien que générateur de manière jusqu'ici inégalée de progrès scientifique et technologique, le système actuel est dans le même temps terriblement destructeur. La recherche permanente de nouveaux profits alimente une innovation effrénée et la création perpétuelle de nouveaux besoins, instaurant une destruction systématique des produits par leur obsolescence et leur renouvellement.

Et c'est là que le constat évoqué plus haut intervient : ce mode de vie n'est absolument pas viable du fait de sa consommation excessive, qui pille la planète, la pollue et ne lui permet pas de se régénérer. Sans action urgente, les conséquences des dommages environnementaux (puis des pénuries) à venir seront considérables comme le rapporte l'OCDE : « La dégradation et l’érosion de notre capital environnemental naturel risquent de se poursuivre jusqu’en 2050, entraînant des changements irréversibles qui pourraient mettre en péril les acquis de deux siècles d’amélioration des niveaux de vie.»

Perpétuer cette fuite en avant ne pourra que nous conduire inéluctablement vers des crises écologiques et sanitaires, et assurément économiques, sociales puis armées. Il est par conséquent urgent d'amorcer une transition.

Une réforme structurelle indispensable


Il s'agit de réduire les impacts de l'activité humaine et donc in fine de produire mieux et moins. Ce constat impose de lui-même une réforme en profondeur de notre modèle de société. En effet, il n'est pas envisageable de miser sur une baisse de l'activité en poursuivant avec son fonctionnement actuel.

D'abord, car elle s'oppose aux intérêts court-termistes des cercles de pouvoir, financiers comme politiques. Ensuite, parce qu'appliquée dans le cadre des mécanismes économiques actuels basés sur la croissance, les conséquences en seraient désastreuses. Le phénomène de décroissance nécessaire, s'il n'est pas accompagné de changements structurels, s'inscrivant dans une feuille de route cohérente, entraînerait un effondrement de l'économie.

Vers un rythme plus durable


Divers leviers s'offrent à nous pour tenter d'amorcer cette refonte globale de la société pour l'accompagner vers un nouveau rythme durable. Cela demande une évolution profonde des mentalités mais semble cohérent avec des règles de société plus équitables que ne le permet la logique de domination du marché actuelle, qui entraîne notre système dans une course effrénée au profit, qu'on a vue incompatible avec un rythme viable.

Comme l'expose Pablo Solón Romero, Ancien ambassadeur de Bolivie à l'ONU : « La seule façon de sortir de cette crise environnementale est d'abandonner la logique de marché, où le marché nous domine, et de rentrer dans une logique où c'est la conscience humaine qui définit et décide, en fonction de la science, de ce qui est le plus approprié pour restaurer l'équilibre de la nature. »

Outre la prise de mesures de protection environnementale, cela implique donc de faire évoluer le modèle économique et de définir de nouveaux mécanismes macro-économiques orientés vers des activités respectueuses de l'environnement et basées sur l'économie réelle (régulation financière, mécanismes de développement transparents, incitations et réglementations écologiques et sociales, etc.). La production doit être optimisée (mutualisation des infrastructures, optimisation de l'empreinte écologique de la production, économie collaborative, etc.) et les retombées de l'activité réparties à la société (baisse de la charge de travail individuelle, encadrement des salaires et du capital, etc.).

Une évolution du modèle sociétal


Cela demande bien évidemment une évolution en matière de mentalités, notamment d'habitudes de (sur)consommation (par l'encadrement strict de la publicité, l'éducation, le cadre réglementaire, etc.) et de rapport à la réussite sociale (épanouissement personnel par la réduction de l'aliénation au travail, valorisation de le vie associative et culturelle, etc.).

Il s'agit donc bien de la création d'un nouveau modèle sociétal, qui se veut plus durable mais également plus juste et équitable, plus humaniste. Il s'agit d'utiliser les avancées technologiques et les gains de productivités non pas pour poursuivre une fuite en avant productiviste que ne permet pas la planète, mais se permettre de vivre mieux et plus.


La question écologique ne se pose pas dans un lointain futur mais c'est dès aujourd'hui qu'il faut agir :
« Les projections du scénario de référence font apparaître la nécessité urgente d’agir dès à présent pour modifier le cours de notre développement futur. Au-delà de certains « points de basculement », les modifications préjudiciables subies par les systèmes naturels deviennent irréversibles (disparition d’espèces, changement climatique, épuisement des ressources en eaux souterraines ou dégradation des sols, par exemple). »

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